La féminité à notre époque a ce quelque chose de laborieux qui m'a toujours ennuyé. La féminité est quelque chose de sophistiqué et de construit qui tient dans tout un tas d'artifices censés imiter le naturel. Des contraintes. Et des heures à détailler une image haïe dans le miroir qui s'obstine à ne jamais la modifier beaucoup.
Et ce qu'il faut faire pour oser prétendre au titre. Se tartiner le visage et les cheveux, le corps de crèmes aux effets obscurs qui contiennent surement plus de produits chimiques qu'un detergeant à chiottes. Tout ça sous le prétexte douteux de "prendre soin de soi", d'être une jolie pétasse à la page sans même s'en appercevoir.
C'est quelque chose que la société a terriblement bien réussi, ce bourrage de crâne subtil qui enferme chacun dans un moule qu'il ne faut pas briser, cet entêtement à penser que pour être une fille comme il faut, on a besoin de tout cet outillage grotesque, à base de pince à recourber les cils et de fond de teint.
Rien ne passe, rien n'échappe. Etre une fille ça n'est plus seulement posséder des organes qui distinguent, c'est se construire un déguisement, c'est se modéler un corps qui vient se superposer à celui d'origine. C'est se laisser enfermer dans un stéréotype qui plane au dessus de la terre entière, qui dicte silencieusement les goûts et les couleurs à chaque petite fille qui pose un pied timide dans la puberté. Et tout ça avec un talent tel que chacune se verra obligée de réctifier en disant que, non, pas du tout, on a tout à fait le choix quant à la façon dont on construit son image.
Ce dégoût qui remonte au bord des lèvres. Cette rage devant la bétise que l'on tait. Et qui tue, qui détruit, qui grignotte en silence des têtes et des corps malmenés.
C'est à gerber.
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