Je me demande ce que l'on doit ressentir en sachant qu'on a pris la vie de l'être qu'on aimait.
Et que le monde entier en a conaissance, et qu'on en fait tout en tapage.
Et que ce monde voit à sa convenance un évènement dont on est le seul à détenir la "vérité".
Un évènement que chacun réinvente et dissèque, dont chacun tente de saisir les détails sordides.
Un acte qui n'émeut pas le monde outre mesure lorsqu'il est commis par quelqu'un qui n'a pas sa photo dans les journaux.
Et comment supporter les souvenirs par dessus tout ça. Comment ouvrir les yeux chaque matin. Comment vivre.
Tout le monde de se dire silencieusement que ça aurait été moins grave si c'était lui qui avait perdu la vie, parce que c'est un homme.
Tout le monde d'avoir un avis.
Tout le monde de penser avec dégout que c'est un monstre, et que finalement, sa vie à soi est bien confortable.
Tout le monde de se convaincre de l'innocence de ses pensées, et de mépriser l'assassin.
Alors qu'en fait, qui peut prétendre avoir la certitude que si ç'avait été lui, là, dans la chambre, les choses auraient été différentes ?
Je me demande ce qu'il doit penser, Bertrand Cantat.
Je me demande ce qu'il doit se dire de lui même, et du monde.