Jusqu'au bout on m'aura seriné pour avoir
La clef de quelques faits dont la seule mémoire
C'est la mienne qui n'a plus aucune obligation
Et ne veut plus me dire si je respire ou non
Dominique A. - Je ne respire plus Milos
(...)
Je me sens pleine de choses inutiles, qui remplissent et coupent le souffle. Je ne dors pas. Mais ma nuit n'est pas blanche, elle est noire, lourde, epaisse. L'insomnie n'est pas radieuse, ni écorchée ou transcendée de ces douleurs magnifiques que l'on prète à ceux qui ne dorment pas. Non. Elle est juste là, tirant sur ma tête qui vacille, jouant cet ultime tour des yeux qui se ferment et vous entrainnent vers le lit, où tout se mélange, s'accélère, se mèle dans une terreur confuse. Comment arréter la pensée ? Comment ralentir le flot, comment le pousser vers cette incohérence délicieuse qui précède juste le sommeil ?
Mes journées sont vides. Mes nuits aussi. Et je me demande comment tout ce rien peut-il bien me tenir eveillée. Je ne veux voir personne, je ne veux rien faire d'utile. Je ne veux qu'attendre dans ce temps suspendu que le grondement s'éloigne, qu'il lache mon corps. Enfin. Et dormir. Dormir d'un sommeil lourd dont on se réveille sans fatigue.
Pas un rêve. Du moins je ne me rappelle pas de ceux que je fais la nuit, et, les yeux simplement clos, je suis incapable d'en dessiner un seul qui ne me semble pas si vain qu'il prends tout de suite ce goût fané et sombre, qui ne soit pas si ridiculement prévisible et pathétique que je n'ai pas le courage de renforcer le trait, d'appuyer les détails. Je passe en revue, non, pas une image qui ralentisse le coeur et déplace le vertige.
Je ne dors pas. Et m'accorde le luxe de regretter ce temps pas si lointain où la rumeur du monde autour se taisait devant la brutalité de ma douleur. Ces journées où je n'avais à me préoccuper que des cachets qui feraient taire mon corps, où il n'y avait qu'espoir et aspiration vers ma vie qu'on m'avait volée. Aujourd'hui tout m'est rendu, jusqu'au moindre détail dont la méoire ne s'était pas encombrée. Les choses sont laborieuses, rugueuses et glissantes à la fois. L'avenir est là, je le vois à nouveau, le corps silencieux laisse le temps à ma pensée de s'y attarder. Les études, les projets, les ambitions, le "bonheur". Vertige. Je ne dors pas. Je me sens incapable de tout ça. Je veux tout arréter. Retrouver ma ptite chambre et l'écoulement des journées mortes et sans enjeux véritables.
Je regarde autour, incrédule et vaguement paniquée, avec cette incompréhension qui déssine sur mes lèvres une seule phrase : "Qu'est-ce que je fous là, bon sang ?"