Il me fait de ces yeux. Un pétillement qui pourrait ne rien valoir de plus mais qui me dit de le suivre en haut. Il dit "Viens fumer" et je dis oui, je promet que la nuit ne s'arrête pas là et aux autres, que je vais redescendre. Je monte en me disant, un pétillement et on ira jusqu'ou on ira. L'alcool me fait chavirer sur le lit, il se déshabille en me regardant, avec nonchalance, comme si ça ne voulait rien dire. Un geste, le premier, je sais bien. Je dis "On le roule, ce pétard", je me redresse sur le lit face à lui qui s'est assis, nu, je le regarde prendre les feuilles et éventrer une clope, saisir le briquet sur le bureau encombré. On ne se touche pas, il regarde son sexe avec un faux air de reproche, vilain désir qu'il fait semblant de vouloir cacher. Puis il veut que je sois son égal, il se penche sur mon T-shirt que, vaincue, je l'aide à enlever. Tout est sur le fil. Je ne savais pas, je n'aurais jamais cru que je pourrais être presque nue, là, les yeux dans les siens et ce calme, comme juste à ce moment rien ne subsiste des mensonges et des jeux. La nuit flotte dans ces quelques minutes où on se passe le joint en silence. Je flotte dans une vérité première des choses où il n'y a de complications que dans le jour qui se lèvera dans quelques heures. Je le regarde encore, il dit "Quoi ?", je dis "Rien". Il écrase le mégot noirci dans le cendrier et nous nous allongeons. Les mains jouent leur manège, je proteste en me laissant faire, il veut s'arrêter tout en continuant. Stop. Il ne sera jamais à moi et dés qu'il fera jour, il oubliera à force de culpabilité. Je reste dans ses bras, je ne dors pas, je penche la tête anxieusement vers la petite fenêtre, je guette le jour, la peinture du plafond change lentement de couleur pendant que je rassemble mon courage. Je dis alors qu'il se retourne vers moi avec des yeux endormis "Eh mec, j'y vais", il ne pose pas de questions. Il est tôt, soleil, je monte dans le tramway rempli de gens réveillés, qui parlent, pensent, vont quelque part, moi je retourne dormir seule. Je ne peux pas décider, où est l'erreur, avoir eu mes mains sur lui pendant un moment ou ne plus l'avoir touché du reste de la nuit. Il faut que je dorme, longtemps, que je me désintègre dans les images distordues d'un quelconque rêve.
Said I don't go where I'm supposed to go / And I don't go really anywhere you know