Louis avait quinze ans. Moi treize. Après ces vacances j'ai passé des semaines à écrire de sombres mots d'amour, où je m'exaltais avec une grande solennité de la froideur brune de son visage qui éclatait parfois sous l'éclair noir de ces yeux, lorsqu'il souriait. Je me souviens par vagues et dans un flou plutôt esthétique de ce fourmillement maladif qui m'avait agité cet après-midi là alors qu'il soupesait avec dédain mes disques étalés sur la table. Il avait du dire que c'était pas bien glorieux ce que j'avais là puis je ne sais par quel miracle, il avait fini par sourire et il me semble que ma peau avait capturé avec avidité la chaleur de ces yeux. Une nuit aussi, où assise à cette même table je contemplais avec un désir proche de la douleur sa bouche sur le filtre d'une cigarette, ces joues qui se gonflaient puis le filet blanchâtre qui envahissait pour une seconde l'air au dessus de nos têtes. Avec Marina, dans l'herbe près des filets de volley, nous partagions avec delectation nos amourettes respectives. Le blond pour elle, et Louis pour moi. D'une certaine façon, ça n'était pas grave qu'il ne m'appartienne pas, je gardais pour le silence de certains jours le souvenir, auquel se greffait quelques images inventées. Image où sous mon insignifiance il me devinait. Et Marina qui m'écrivait recevait le témoignage enflammé de cet ersatz d'amour.