J'ai décidé de faire une pause. Une pause du monde.
Depuis quelques jours ou quelques semaines je patauge dans ma tristesse non sans une certaine touche de pathétique. Je crois qu'il faut arréter de bouger. Se recroqueviller. Mourir un peu, pour la millième fois.
Voila que me reprend le besoin d'un malheur total, absolu, qui ne tolère aucune fuite, qui se tient loin de l'espoir qui me ruine. Aussi je me réserve des journées de solitude, me promettant de nourir mon état de quelques éxcés, solitaires eux aussi car mes vices deviendraient distraction si je venais à les partager avec quelqu'un. J'accomplirai les rituels, en toute connaissance de cause, coupable déjà. J'ai besoin de sentir la cassure. J'ai besoin de la dignité du silence et de l'éloignement. Puisque de toute façon c'est le vide et l'angoisse qui m'accueillent à l'aube et me bercent à la nuit tombée. Puisque de toute façon l'air ne passe plus.
La fatalité, je veux l'embrasser. M'en recouvrir jusqu'à n'être plus qu'un corps qui s'inflige la vie vidée de tout ce qu'elle devrait être par punition.
En réalité, je m'étonne même d'écrire et de penser cette sorte de misère, de desespoir terrifiant. Car devrait-il évoquer autre chose que la terreur à quiconque le contemple ?
Je n'arrive pas à me faire à l'idée que l'on doive vivre de cette façon, à lutter chaque seconde pour ce concept brumeux qu'est celui de l'avenir. Se lever, aller en cours pour ne pas passer une vie d'aliénation dans un travail misérable. Se lever, sortir pour ne pas passer une vie à regretter de ne pas être ce qu'on voudrait. Ce demain toujours présent sans qu'on en voit la couleur. Demain. C'est que plus j'avance et plus ce demain mysterieux semble n'être qu'une vague variation sur le même thème qu'aujourd'hui.
Je n'y arrive pas, ces temps-ci. Je ne suis pas capable de croire en quoi que ce soit. Je n'arrive plus à réver, j'ai perdu des morceaux d'espoir. Et il n'est rien que je puisse dire sans rencontrer le regard plein de pitié de celui à qui j'en fais la confidence et qui tente de me faire comprendre son affligeante impuissance dans ce silence embarassé. Je resterai silencieuse alors, en toute occasion qui me le permette et porterai contre moi la déchirure avec patience et résignation. J'ai choisi de me donner toute entière à cette transe. De me donner au vent glacial qui me gifle, à la lumière des rues. J'ai choisi d'être nue sous l'immobilité du goudron, des pavés, des pierres blanches des immeubles qui reflechissent la lumière du soleil d'hiver. J'ai choisi de me fondre et d'être dans la ville, d'être cette ville qui contemple de loin chaque humanité qui la foule. Minérale.
Ca passera, ça passe toujours. Je me réveillerai un jour, hébétée, avec l'envie retrouvée qui fourmillera au creux de mes paumes, j'aurai l'impression d'avoir dormi très longtemps. Je serai revenue au début de la boucle, j'en distinguerai chaque contour, j'en verrai les failles et rien ne me semblera impossible.