J'aimerais raconter un peu. Parce qu'écrire a toujous été une sorte de nécessité, d'ombre discrète et pourtant brutale qui ne cesse de me suivre. Je vois tout en mots, je dissèque d'instinct chaque émotion ou pensée qui me traverse, j'essaie, je récite dans ma tête les combinaisons de mots qui me viennent. J'imagine ce que serait chaque chose qui m'entoure couchée sur le papier.
Rien ne fait vraiment partie de moi s'il ne me vient pas de mots pour enrober son existence. La rendre palpable, expliquable.
J'aimerais raconter en passant au dessus de cette banalité affligeante de mes sentiments et de mes réactions, et juste à cet instant me vient l'idée que chaque chose que je ne peux pas écrire revient à décider délibérément de l'oublier. C'est ça, choisir sa mémoire en n'écrivant que ce dont on est capable de se souvenir sans gène. C'est évident, si je bute sur les mots c'est que le sujet m'échappe, me trouble et que ma pensée n'a pas vraiment envie de percer son mystère.
J'aimerais raconter, mais qu'est-ce qu'il y à dire finalement, qu'est ce qu'il y a de si important;
Je ne saurais dire depuis quand, mais quelquechose s'est arrété lorsque je pense à lui, quelquechose ne tourne plus, ne cogne plus dans mon ventre. J'ai perdu l'impression de vertige, j'ai perdu l'angoisse, j'ai perdu l'envie de m'y attarder. Et je bute une fois encore. La sensation m'échappe autant que la façon dont je pourrais la rendre lisible.
Ca m'échappe.
Je sais bien c'que ça veut dire, c'est juste que je ne veux pas croire que j'oublis déjà.