Ca n'est pas un soir particulièrement triste.
Après tout, qu'est-ce qui ne va pas ? Les mêmes choses, celles auxquelles on s'est habitué, les mêmes petits détails - et quand je dis détails - qu'hier, que demain.
Et pourtant quelque chose apparaît, quelque chose se déssine au fur et à mesure que je flane. C'est que je suis envieuse. Enviense du bonheur des autres mais au delà, envieuse de leur souffrance. C'est étrange comme elle semble douce, et agréable. Rien qu'à l'effloeurer, je me dis qu'elle serait bien plus acceptable que la mienne. Bien plus supportable.
Vue d'ici, c'est une accalmie, un point de fuite auquel il est facile de se rattacher. Oh, en la voyant, cette souffrance des autres, je me dis que je la ménerai bien mieux qu'eux. Que j'en ferai quelque chose, qu'il y aurait toujours quelque chose à en faire. Bien plus qu'avec la mienne.
C'est con, hein.
Il y a toujours une sorte de frontière qu'on ne peut franchir. Ce que je veux dire, c'est qu'on peut s'imaginer jusqu'à un certain point ce que ça serait de vivre dans la peau de quelqu'un d'autre, avec tous les tracas que ça implique. Jusqu'à un certain point.
Et ce point est tellement éloigné de la réalité des choses qu'on a toujours la sensation qu'être quelqu'un d'autre, ça serait infiniement plus facile, plus jouable. Même avec tout ce bagage d'entailles et de chûtes qu'on trimballe tous.
J'en viens presque à souhaiter être quelqu'un de bien plus mal en point que moi. Quelqu'un qui se serait retrouvé poussé dans ces retranchements. Quelqu'un qui n'aurait plus rien à perdre et pourrait se permettre toutes les extravagances imaginables. Tout sauf moi, en définitive. Quelqu'un qui aurait la force de sa douleur. La force de faire n'importe quoi histoire de voir un peu si elle tient le coup. Tout sauf cette existence doucereuse à ruminer de petites choses qui font que la vie n'est pas tout à fait comme elle devrait être.
Quelqu'un qui éclate, qui explose, et met un point d'honneur à entrainer le reste du monde dans sa chûte. Quelqu'un de totalement et irrémédiablement désespéré. Plus de nuances, plus de gris. Seulement un noir entier et épais. Un truc qui justifierait tous les débordements.
A y regarder, comme ça, ça semble être le plan parfait. Mais ça ne l'est évidemment pas.
Le truc, c'est qu'on est tous plus ou moins persuadé de souffrir un peu plus que les autres. Ce qui, objectivement, est totalement faux.