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Le but n'est pas de raconter ma vie. Juste de transformer les heures qui passent, de faire du vide quelquechose en plus. Une matière.

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14 Octobre 2007 / 00h27

[La terrasse d'un bar BCBG, un soir de match de rugby. Ce rugby dont la France entière a semblé prendre conscience d'un seul coup. La foule, l'écran lointain, les commentaires.]

Et je me lamantais, le regard voletant d'un visage à l'autre. Capter un sourire, une conversation. Capter rien qu'une seconde un signe qui me raccrocherait à cette nuit bruyante, qui ferait que d'une façon ou d'une autre, je participe à la joie collective.
Je me lamentais de ce que l'homme peut ressentir de sentiments contradictoires. Et d'y trouver l'ivresse.

Comme si toute cette agitation indécente servait à quelquechose, comme si la réalité était tellement crue et agressive que l'on avait besoin de se saouler en permanence.
C'est ça. L'ivresse. L'oublis provisoire de soi-même pour se jeter à corps perdu dans l'autre, pour se projetter toujours à une place autre que celle dans laquelle on se traîne.

L'aversion pour le vide.
Pour ce temps qui semble suspendu lorsque l'esprit n'est pas rempli. Et cette phrase qui tourne dans ma tête à interval régulier, lorsque j'ai digéré la dernière claque, lorsque j'ai oublié ce que ça faisait, de se tourmenter. "Vivre quelquechose. Même si c'est pour finalement se casser la gueule. Tout sauf le vide."
Toutes les choses prévisibles. Cette répétition grotesque et incontrolable des sentiments et des états d'âme. Je suis très régulière au bout du compte. L'été je touche du doigt l'intouchable, l'hiver je tombe.

C'est à se demander.

Je me lamentais.
Je me détestais profondément pour tous ces mots incompréhensibles qui se faisaient la guerre à l'interieur. Ce qu'il faudrait dire, ce qu'il ne faudrait pas dire. Ce que l'on dirait pour trouver une esquisse de réponse, ce que l'on ne dirait pas parce que ça ferait trop mal. Et puis finalement, ce que l'on ne dira probablement jamais parce que lorsque l'on sent les choses glisser entre ses doigts, la seule chose envisageable, c'est de se taire. Se taire et sauver les meubles.

Et c'est ça qui est detestable.

Ca me flingue complètement, cette putain de lutte.
Cet infime doute qui créé l'onde de choc, qui fait se renverser le monde. Qui fait qu'un soir on se retrouve avec tellement de choses effrayantes qui coincent au fond de la gorge, qu'il n'y a plus rien qui puisse nous rattraper. On a compté ses mots et évité de poser les bonnes questions.


[Le plus étrange, c'est que ça n'est qu'en partant que j'ai finalement réussi à me raccrocher à un bout de monde à peu près stable. Juste au moment des aurevoirs.
La terrasse s'est éloignée, puis les quais, et le centre ville.]

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