C'est une lettre que je devrais t'écrire.
Je te laisse partir, consciente, terrifiée. Je me regarde agir, je t'écoute te taire, être désinvolte, en cherchant bien ce qu'il y a à déduire de cette désinvolture. Finalement, nous sommes peut être en harmonie, agissant en miroir pour cacher tout en voulant faire savoir, sondant le terrain avec ce genre de phrases détachées et plates que tout le monde a bien du former dans sa vie. Je te laisse partir, prenant excuse de mon ignorance des mots qui sortiraient de ta bouche si tu venais à savoir.
Je suis lache.
J'ai attendu. Des mois. Des années. J'ai attendu qu'on voit en moi quelqu'un d'autre, enfin. Que les choses, pour une fois, soient aussi cinématographiques que je les imagine. J'ai attendu, comme une collégienne, jaugeant les petis secrets des autres et méprisant leur refus, leur immobilité, leur cécité face à ceux qui les désiraient en secret. Je les maudissais de dire non à ce que je m'evertuais à trouver. Incompréhensible. Incompréhensible qu'ils puissent ne pas voir.
J'ai attendu en m'étouffant de cette injustice, en regardant les délaissés, en imaginant comme je pourrais les aimer moi, comme chaque infime parcelle de leur être me serait un trésor inestimable.
Je te laisse partir pour cet instant suspendu où je serais face à toi, contre toi. Je te laisse partir par peur qu'il soit trop proche, par peur qu'il n'arrive jamais. Je te laisse partir avec cette peur inextricable de mes vérités les plus humiliantes abandonnées à ta vue.
Si je pouvais te dire, putain, si je pouvais sans trembler et sans fuir te dire qui je suis, ou du moins ce que mes actes et mon histoire en dévoilent.