Elle a 17 ans.
Elle est assise là, au milieu de ces autres femmes qui sont venues parler de leurs livres.
Elle a 17 ans. Mon âge.
Je l'avais déjà vu, il y a peut-être un an, dans une émission stupide, un soir. Et ce que j'avais retenu de cette fille c'est qu'elle était insupportablement sure d'elle et de son "talent". Elle avait l'air d'autant plus imbuvable qu'elle se pavanait là, dans la lumière, parlant d'un livre. De son livre, que tenait le présentateur entre ses mains.
Et que moi ... Moi je me trainais dans une autre nuit d'insomnie, derrière l'écran, amere et desespérée, appelant de toutes mes forces une paix introuvable, noyée sous les questions que l'adolescence vous fait tomber sur les épaules.
Qu'elle, elle avait métamorphosé toutes ces réalités odieuses et humiliantes, en les écrivant, en en faisant un cris bien décidé à être entendu.
Ce soir je la revois, presque inchangée, noyée sous un nuage vaporeux de boucles rousses. Je me plais à remarquer qu'elle n'a pas vraiment un joli visage, que sa beauté réside entièrement dans son teint laiteux et dans ses cheveux. Parce qu'il faut au moins essayer de se convaincre qu'elle n'a pas tout pour elle, juste histoire de ne pas éteindre la télé pour aller sombrer sous les draps.
C'est toujours un peu éprouvant, ce genre d'émissions.
Je zappe et je tombe là-dessus, une dizaine de femmes assises autour de PPDA. Des femmes qui racontent. Des femmes qui ont écrits.
Le paradoxe entre l'envie de se remplir de leurs histoires, cette curiosité qui me remplie, et cette tristesse inextricable des bras que l'on baisse avant même d'avoir vraiment essayé.
Et ma gorge qui se serre en les voyant, accomplies, entières.
Surtout cette Ariane je-ne-sais-plus-quoi. Cette Ariane et ses 17 ans.
Mon âge et déjà quoi ... deux ou trois livres.