La nuit s'étire alors que mes obligations devraient m'enmener jusqu'au lit. La nuit s'étire dans le silence et l'apaisement, dans l'avidité de se souvenir des choses et de les écrire. Dans l'avidité des émotions qu'on rappelle à la vie dans la pénombre de la pièce.
Je suis preparée. Depuis une semaine, j'y pense. Je me suis mise dans le personnage, je deviens le stéréotype, je m'imprègne du cliché que je me suis modestement fixée la tache d'incarner. C'est un jeux auquel j'éxcèle, c'est même mon préféré. Demain je monterai la petite côte qui amène vers le côté du bâtiment avec l'excitation confuse de quelqu'un qui rentre en scène. Et le trouble, brutal, que je prendrai contre moi comme un allié, comme un frère. J'y pense, oui, depuis une semaine.
J'espererais, en montant, le trouver là entre les colonnes, devant les portes, tenant entre ces doigts une cigarette.
Et ca pourra commencer. Tout sera là entre mes mains. Je me mettrai en scène, pas pour lui, pas pour les autres, mais pour moi seulement. Pour mon vertige devant cette beauté aristocratique et peu desuette, ce visage fin et ce nez appuyé. Ces yeux ... Ca en est presque ridicule, qu'un homme soit aussi beau dans un costume noir.
Je souris d'être à ce point égale à moi même. Rêve, Louise. Rêve. S'il n'y a que ça à faire. Quel plaisir se déssine déjà en moi comme une image que l'on reconstitue en fermant les yeux, quel vertige de cette anticipation du ressenti.
Je prendrai dans la salle la même place qu'avant, au milieu, là d'où je verrai le mieu. Juste devant lui, juste à portée de main, dans la pénombre des volés baissés pour mieu distinguer l'image projetée sur le grand tableau blanc en contrebas. Dans l'intimité rassurante d'une lumière faible, comme dans un cinéma, où l'on se sait entouré sans vraiment distinguer qui que ce soit. Sauf lui, devant moi. Sauf cette contemplation des choses qui devrait arréter le temps et le faire tourner en boucle sur la perfection de sa voix qui explique.
Comment ai-je pu attendre tout l'été ?