Mes yeux. La sensation s'est presque dissipée, cette sensation qu'un poids invisible les entraine de toutes sa force. Jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'une simple fente. Jusqu'à qu'ils se ferment enfin. Mes yeux, je ne les sens plus. Je sais qu'ils sont là mais je ne le sens plus.
J'ai marché vite pour rentrer et la ville était belle. Froide, blanche, haute. L'air froid caressait mes épaules sans me transpercer. Rien n'était différent, les choses coulaient sans se soucier de rien. La lumière tombait sur les arbres, pâle, glacée et pourtant douce. Une fin d'après midi d'Automne.
Rien n'était différent mais mes yeux posaient sur cette ville un regard neuf. Des yeux avides. Des yeux avide de cette ville qui bouge, vit, de ces gens qui marchent. Leur visages. Leurs manteaux fermés. Leur air de faire quelque chose sans trop y penser.
J'aurai pu marcher des heures. Des heures entières dans le froid, des heures entières immergée dans cette vie autour de moi, dans ce mouvement des choses. Comme ça, pour rien, juste pour être là. Juste pour contempler. J'aurai pu.
Juste pour la beauté confuse de ce qui se jouait sous mes yeux. Le monde, nu, incompréhensible et beau.
Je crois que je voyais les choses de cette façon quand j'étais petite, je crois que ça n'était pas juste une affaire de perception un peu brouillée, un moment parmis d'autres où il est possible d'entrevoir ce qui m'entoure de cette façon crue et curieuse, harmonieuse. Je crois que c'était comme cela tout le temps.
Je suis rentrée sereine, apaisée, vivifiée par le vent, remplie de choses inestimables que je ne saurai même pas expliquer.
Mes sensations reviennent à la normale, doucement. Je retrouve mes yeux aveugles alors que le goût epais de la fumée s'efface de ma bouche