Je lutte contre le sommeil, l'anis à la bouche. Je ne veux pas dormir. Et j'ai ce sentiment confu de choisir moi même mes prisons, mes enfers. J'écoutais cette chanson, là, et pas une larme, pas une image, pas une émotion qui ne soulève ma poitrine. Juste cette légère angoisse de la gorge qui se serre, mecaniquement, parce que quelques instances superieures auraient décidé qu'il en soit ainsi.
C'est encore le vide que je chasse. Acharnée, prête à rappeler derrière mes paupieres les pires saloperies. Toutes les journées mortes à s'abrutir de sommeil, toute les nuits vides et froides à se maudir.
Je crois que je suis une petite fille gatée. Ce simple acte le prouve, cette simple évidence fait de moi une gamine capricieuse. Ceux qui ont connus de vraies blessures, de vraies souffrances, eux préfèreraient le vide, y verraient le repos, la trève. Et moi qui suis là à le haïr, à chercher dans cette torture organisée une quelconque forme de noblesse. A jouir en secret de ces tracas que je fais revenir moi même et pleinement consciente, de l'oublis. Je m'explique en déclarant que je ne me l'explique pas. Facilité.
Je sais tout. Je sais que je joue à ressentir. Je sais que je joue à vibrer. Je sais que je joue à saigner. Je sais que les choses n'ont de réalité que parce que j'ai voulu qu'elles en aient. Quoi qu'ils puissent penser, ça n'est pas eux qui sont SM, peu importe le nombre de couteaux avec lesquels ils jouent, leur perversité n'est que surface. Pas besoin de couteau, pas besoin d'être clinquant et de crier qu'on a du plaisir à se malmener le corps. Moi je me taille de l'interieur, seule. Je suis la plus perverse.
Je prends du plaisir à mes larmes. C'est encore cette vérité à laquelle je reviens, cette vérité qu'il a dite sans même savoir qu'elle en était une. Je me fais des films. J'aime ça. Je joue à être triste. Je ne sais plus trop. Est ce qu'on me donnera un jour de vrais émotions, pour que je n'ai plus à les créer moi même ?
Je suis vide. Je sens cette absence de sentiments de toute sorte si j'y regarde de plus près. Je me suis créé un joli théatre, j'y traine, résignée. C'est plus fort que moi. Je me dis, ça n'est pas le bonheur que l'on recherche, mais cette impression de vie si jubilatoire qui découle des émotions violentes. Je me dis qu'on inventerait n'importe quel subterfuge pour se sentir en vie. Sans presque jamais y arriver.