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Le but n'est pas de raconter ma vie. Juste de transformer les heures qui passent, de faire du vide quelquechose en plus. Une matière.

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Raide

 

She can't get what she came for

Mon crâne est douloureux. Les choses d'hier sont balayées par une sorte de flou, une distance étrange. Je n'ai pas envie de dire, comme dans un rêve, parce qu'avec toute lucidité revenue, tout ça me semble bien loin d'être féérique.

(...)

Hier j'étais saoule. Raide au milieu de la foule. J'avais une pensée, pas un pressentiment, non, une simple pensée qui disait, peut-être. Puis les gens devant moi ce sont écartés. Il était là, contre une colonne, je n'ai pas tout de suite été sure.

"Tu écris encore ?"

"Oui"

"J'aimais tes textes."

La violence de cette rencontre presque devinée à l'avance était doucement gommée par l'alcool dans mon sang. Les choses étaient floues et ne semblaient pas avoir de réelle existence. Je ne sais pas trop à quoi j'ai pensé.

"Moi, j'ai arrété tout ça, c'est fini" Il balaye l'air de sa main d'un geste lassé. Je n'ai pas osé dire, je sais, je n'ai pas osé dire, j'ai vu ton relevé de notes, au recorat, cet été. J'aurais voulu qu'on ai quelquechose à se dire. Des banalités. Ca fait un bail, oui, oui, la dernière fois c'était au conservatoire, je me souviens.

Oui, je me souviens de ce coup monté destiné seulement à apparaitre avec un alibi, je me souviens d'une heure passée à parler de tout en évitant bien certaines choses. Choses effacées, rayées, qui n'existent plus qu'en souvenirs flous qu'on aimerait aussi balayer du même geste lassé. Ca n'a pas d'importance, ça n'existe plus, ça n'a jamais existé.

La honte, cuisante, brutale, qui se rappelait à mon esprit, que j'étouffais. J'y ai beaucoup pensé aujourd'hui, à ces deux années derrière moi. J'y ai beaucoup pensé. Qu'est-ce qui a changé ? Rien.

Je suis rentrée en titubant. Il fallait dormir, dormir, dormir. Ne pas réver, non. Pas maintenant. Il avait raison finalement, ça n'est qu'aujourd'hui que j'en prends conscience. Des films, je me fais des films. Ca passe le temps. Mais ça n'empèche pas d'être triste, de se retourner sur les choses, sur les bléssures, sur les dérapages, avec presque de la nostalgie, et le coeur qui se replace instinctivement à l'endroit de la faille. Je me rappelle, ma gorge se serre.

(...)

Je suis seule et je ne dors pas.

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