Autour de la table, la lumière décroit. Assis tous autour de moi, j'observe leurs yeux, leurs postures et leurs gestes. Tout est signe, tout est indice. Je sais, je vois. Je les vois. Des lignes et des lignes s'écrivent derrière mes yeux. J'ajoute chaque grain de sens à l'image mentale que j'ai d'eux, derrière les traits se déssinent les dédales de nos esprits. Tout est si clair.
Il y a l'automate. Ses yeux sont vides, ils ne rient pas et gardent la même expression même lorsque les mots sont dit avec conviction. Elle a appris son texte avec une précision mécanique, le récite avec une ardeur feinte. La reflexion n'a pas de place, ses opinions ne sont qu'une enfilade de clichés et de préceptes bien pensants. L'oreille vive, elle a recueilli quelques phrases des conversations dont elle est témoin et les recrache avec un talent tout à fait relatif. Suis-je la seule à la voir ? J'ai l'impression de parler avec une machine, ce qu'elle répond à mes questions n'a aucun sens, elle n'écoute pas. Elle dit "La nature humaine est mauvaise". J'ai presque envie de lui rire au nez. Elle sonne faux, elle sonne creux, il n'y a personne à l'interieur, juste une enveloppe sans saveur, sans couleur, sans relief.