(...)
Jeudi
Je suis descendue de la voiture sans me retourner. C'est étrange ce besoin de s'éloigner des gens vite, très vite, pour se cacher et seulement penser à eux. Je suis descendue de la voiture et il était tellement beau, la peau brunie par le soleil, ses épaules là tout près, comme une agression.
J'ai remonté la rue dans cet état qui vous conduit instinctivement vers le premier endroit familier où s'assoir et arréter le temps sur la déchirure. La place du théatre, les arrets de bus vidés et les travaux. Je me suis laissée tomber contre le mur avec ce couteau dans la gorge, ce vide qui mangeait tout à l'interieur.
Et lorsque par hasard il est passé par là, j'ai tourné la tête et plongé mes yeux dans l'asphalte avec le désir confu qu'il m'apperçoive, ou bien qu'il ne m'apperçoive pas. C'est quand il a eu traversé la rue que j'ai relevé les yeux. Il ne m'a pas vu.
Je me suis reveillée vers 20h30, avec dans la bouche ce gout atroce d'achèvement précipité. Avec ce gout d'échec et de peur. Et ce silence de la pensée qui s'abime à s'occuper ailleurs, sur l'écran de la télévision. Je me suis reveillée, isolée à jamais des deux semaines qui se dessinaient en forme de souvenir, coupée de l'extase silencieuse de ses yeux sur moi.
C'est avec le sentiment de commencer une bataille déjà perdue que j'ai tapé sur le clavier de mon téléphone un message, un premier pas pour l'après. Quelques mots qui n'en disent pas trop.
Puis une heure, deux heures à contempler l'écran, à relire les quelques lignes.
Une heure, deux heures à hésiter avec sur les épaules le poid d'un nouvel enjeux.
Une heure, deux heures, et puis "Envoyer"
C'est quand j'ai arraché de mes oreilles les écouteurs du baladeur que j'ai entendu mon téléphone sonner, à l'autre bout de la pièce, sur l'étagère, avec cette panique s'emplifiant au fur et à mesure que j'avançais pour le saisir.
Il avait écrit que je lui manquais déjà, qu'il voulait me revoir. Il avait écrit que ça lui faisait bizzare de ne plus rire avec moi.
L'appartement silencieux, l'intensité, la claque en pleine figure de ce qu'on pensait vain. Et qui ne l'est pas, qui ne l'est plus devant ces mots que je relisais pour être sure.
Samedi
Il est face à moi, dessiné par la lumière des lampadaires.
J'aime quand sa voix se perds et qu'il se mord la lèvre, avec dans la tête quelque chose qu'il tait mais que son regard doit surement laisser s'échapper, sans que je puisse jamais savoir puisqu'il le plonge dans le sol.
Mais je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il pense, lorsqu'il est là, et lorsqu'il s'en va. Je ne sais rien de ce qui l'agite, je ne sais rien de ce qu'il veut. Je penche doucement vers l'abandon, comme si devant moi se tenait quelqu'un qui ne pouvait pas avoir écrit ce message, qui ne pouvait pas l'avoir pensé, ou dont la spontanéïté joyeuse s'était echappé vers un endroit qui m'est inconnu. Je ne sais pas quoi lire entre les lignes ou s'il y a vraiment à lire entre les lignes.
On ne sait pas trop comment se dire aurevoir, ou le temps à prendre pour le faire.
Il s'en va.
J'ai attendu qu'il écrive mais il ne l'a pas fait. J'attendrai encore demain.
(...)
The rythm of my footsteps crossing flatlands to your door have been silenced forever more
The distance is quite simply much too far for me to row / It seems farther then ever before
I need you so much closer
I need you so much closer
I need you so much closer