.
.
30 Juin 2008 - 05:20
Je peux faire des ronds de fumée maintenant, seule. Et j'en fais pour remplir l'air où je ne peux plus trouver le sommeil. Comme si au fil des journées mortes de cette semaine je l'avais perdu, irrémédiablement il semble. L'aube se profile tous les matins derrière mes fenêtres sans volets pour me regarder etouffer derrière l'écran de mon ordinateur. Je ne peux plus dormir. La nuit s'étale sur mon ennui, les heures passent comme des minutes, jusqu'à ce que dans l'appartement il y ait plus de fumée que d'oxygène.
Le jour s'introduit chaque fois comme un voleur sans que je puisse rien faire pour le pousser dehors, il grandit et traverse les minces rideaux qui ont bien de la peine à joindre le bord des fenêtres. Je ferme les yeux pour les rouvrir une seconde après dans une pièce éclairée encore un peu plus. Du tout premier rayon qui n'éclaire les objets que d'un bleu-gris glacial, qui s'intensifie jusqu'à ce que le soleil passe l'horizon et que sa lumière dorée se mélange pour redonner aux choses autour leur véritable couleur. Chaque aube a l'air d'une sorte d'exercice de peintre qui mélange les couleurs sur sa palette, esquisse les traits en noir et blanc et rajoute ensuite la couleur.
La codéïne qui me renverse la tête sans même me faire somnoler.
Hier j'avais eu l'idée folle de sortir dés que le jour serait là. De marcher, marcher jusqu'à l'eau du port pour m'assoir face à elle. A 6 heure et demie j'étais dehors dans une ville comme désertée. Des voix desincarnées qui flottaient dans l'air, des voix gueulant des paroles incompréhensibles du haut des fenêtre des immeubles, des rues que l'on devine derrière ces immeubles. Des voix deformées par l'alcool du samedi soir.
Et c'est étrange de voir cette ville vidée de tout corps, rien ne bouge et l'on entend que les oiseaux et parfois quelques voitures au loin. C'est étrange et vaguement angoissant. J'avais cru, même dans mon état, même avec mon coeur serré dans un étaut invisible, que j'aurais le vertige à la vue de cette ville qui ne semblerait soudain n'appartenir qu'à moi.
Mais je ne me suis jamais sentie aussi peu en sécurité que là, dans les rues desertes d'un dimanche matin, évitant à l'oreille les types encore emméchés de la veille. Même en plein jour il y avait là quelque chose d'infiniment dangereux dans ce dépeuplement, dans cet amoncellement de corps que l'on pourrait presque entendre respirer derrière les fenêtres closes, des souffles tranquilles de gens qui dorment dans la délicieuse certitude qu'il ne leur faudra pas quitter le lit avant quelques heures. Je marchais inquiète, soucieuse que mes pas ne raisonnent pas trop sur les pavés, je marchais soucieuse de trouver les ennuis au détour d'une rue. J'ai fini par faire demi tour comme une idiote, mon coeur rapetissé à l'extrème dans cet étau invisible.
Le jour était là, et j'étais seule, épuisée et tremblante dans l'appartement silencieux.