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20 Juillet 2008, 01:40
Il arrive forcément un moment où l'on fait l'experience de l'ennui. De cet ennui qui recouvre toute les choses, les lieux et les occupations qui ne sont pas lui. C'est bête. L'intensité de cet état. Je traine. Rien ne me distrait, mes pensées font le même chemin encore et encore. Reviennent au même visage, aux mêmes yeux.
J'en regretterais presque les matins à dormir, je me dirais presque que deux jours c'est beaucoup trop pour un week end, qu'il me manque l'enjeux. Qu'il me manque le doute. Qu'il me manque la question posée. Le oui ou non. Le gouffre qu'on envisage, qu'on observe, qu'on s'imagine sauter.
Je me dis que je déteste les jours à n'avoir rien que des bribes d'image à jeter en pature à mes pensées.
Lundi. Lundi. Lundi ...
Je n'ai jamais su trop bien décrire les gens, ou ce qui donne le vertige à propos d'eux. Sans doute parce que je ne trouve pas l'unicité, que chaque trait ou particularité qui me renverse trouve son écho dans un mot générique qui ne recouvre jamais tout à fait la sensation, parce qu'il pourrait convenir à un tas d'autres.
Il faut trouver des mots pour lui, des mots qui n'auraient plus d'autre choix que de coller à sa peau et de lui appartenir, des enchainnements qui ne trouveraient de sens que dans sa seule personne. Ou il faudrait se résigner à dire que ses yeux hésitent entre vert et brun, que ses mains sont longues et fines, qu'à chaque silence il jette son regard au loin vers quelquechose que lui seul semble distinguer. Qu'à chaque silence il a l'air perdu et un peu triste.
Qu'il essaie de me faire rire.
Ses yeux ont une gravité mysterieuse qui tranche avec cette desinvolture qu'il essai d'adopter lorsqu'il est pris dans l'accomplissement des taches qu'on nous a donné, lorsqu'il est emmélé dans cette répétition des choses à faire, lorsqu'il ne pense pas à autre chose qu'au timbre à poser bien droit sur l'enveloppe. Puis il s'arrète, il se tait, il regarde à nouveau au loin vers ce que la journée de travail lui avait fait oublier. Il s'échappe et on ne peut plus l'atteindre.
Mais peu importe que je puisse lui trouver toute la beauté du monde, ça ne durera pas. Ca ne dure jamais. Ces moments de tension se finissent toujours dans une vague impression de fané, dés qu'on s'attarde trop, ces moments finissent dés que je me met à penser que ça n'arrivera pas, que j'ai le reste de mes jours pour imaginer mes mains sur sa nuque.
Pourtant je m'ennuie, le dégout qui s'échappe des questions qui ont trouvées trop tôt leurs réponses n'est pas encore sur le pas de ma porte. Je m'ennuie de sa simple présence, du simple fait d'être assise avec lui, les yeux sur les caisses d'enveloppe qu'il reste à tamponner, à timbrer. Je m'ennuie du travail que je fais avec lui. Je m'ennuie de cette attraction terrible qui me pousse vers lui.
Il essaie de me faire rire, me regarde exactement comme il ne faudrait pas. Il ne sait pas qu'il est beau, il dit qu'il est en rigolant, comme pour trouver la réponse à une question, il s'amuse à faire croire qu'il a confiance.
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