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18 Juillet 2008, 03:24
L'autre vie, on y pense jamais dans ces termes. C'est un passage qu'on feint d'avoir oublié, c'est un gouffre que l'on oublie par paresse et par confort. J'étais là-bas, je suis ici, et rien d'autre à dire. Les rideaux fermés sur les arbres les jardins et l'abbaye, la musique effaçant tout autre bruit. On croirait presque que l'on a toujours été ici.
La mère qu'on veut oublier, dont on veut tuer l'émotion et la difficulté de l'épreuve qu'elle tente maladroitement de cacher. La mère, on veut oublier sa solitude devinée, sa vie de travail et de chats s'enroulant à ses pieds. On voudrait tout cacher, enterrer, nier le lieu qu'on a quitté à cause de cette tristesse de la chambre vide, des pièces qu'on a habité.
L'autre vie, on y est, c'est maintenant, à l'instant, aujourd'hui et pour l'avenir. Ca n'est plus l'autre vie mais celle que l'on a. Ca n'est plus le fantasme mais le quotidien.
Je traîne sans goutter ce bonheur des choses que l'on a espéré, je traine avec cette banalité, cette normalité qui enveloppe les murs et les meubles. Chez moi. C'est chez moi.
Je travaille. Je pars le matin dans cette ville de juillet, endormie sous un manteau gris. Je pars dans le bruit familier et rassurant des voitures qui circulent, des gens serieux qui se dirigent vers on ne sait où. J'imagine. Pourquoi est ce qu'ils sont là, quelle raison mysterieuse les a poussé hors du lit, hors de la pénombre et des rideaux tirés.
Moi je travaille, je prends le bus place de l'ancienne boucherie, je m'arrète devant le rectorat.
Je passe la journée à trier, à me répeter silencieusement l'alphabet. Marie avant Martin avant Prevost avant Viard. J'aime travailler, j'aime ranger tous ces relevés de notes, j'aime lire les noms et imaginer les visages.
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