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C'est un jour, chez ma grand mère, que j'ai compris pour la première fois ce qu'était une crise d'angoisse. Ou plutôt c'est ce jour-là que j'ai posé sur quelques symptomes étranges ce diagnostic.
Ça n'est pas arrivé souvent ensuite. Juste dans certaines situations particulières et totalement succeintes. Je pouvais compter en moi une dérive de plus, plutôt drôle, plutôt raffraichissante parce qu'assez rare. Je pouvais me dire : "Tiens, à moi aussi ça m'arrive". Certains m'opposaient que je ne subissais des crises d'angoisses que de modèle réduit, de petits épisodes plutôt ridicules comparés aux tremblements, aux points serrés qu'on mord sans s'en rendre compte et autre yeux révulsés. Ce qui m'arrangeais plutôt. J'avais le vertige sans la chûte, la delectation de parler légèrement de ce phénomène sans qu'il me gache la vie.
Mais comme les choses ne sont jamais définitives, il est arrivé un moment, il y a quelques mois, où les choses ont basculées à un autre niveau. Le niveau superieur, comme dans un jeux vidéo, où il faut redoubler d'adresse et de tact devant des pièges plus complexes. Pas que les symptomes soient vraiment différents ni amplifiés, mais plutôt que leur fréquence les rendent plutôt inquiétant. Le commencement inattendu d'un cercle vicieux puisqu'au départ l'angoisse était causée par des évènements qui la méritait totalement mais qu'ensuite l'angoisse n'a plus été créée que par elle-même. La peur d'avoir peur, qui fige les mouvements et dédouble l'esprit, esprit qui déclenche lui-même ce qu'il voulait éviter en se fixant trop intensément dessus.
C'est comme ces choses qu'on croyait annodines sur le moment, et qu'on regrette si fort lorsqu'on s'apperçoit qu'elles ont changé la vie à un point inimaginable. Aujourd'hui c'est presque chaque jour que je joue sans le vouloir avec mes nerfs.
Ça commence toujours doucement. Je met un certain temps à me rendre compte de ce qui se trame sous ma peau, mais dés que c'est fait, je passe à la vitesse superieure. Je remarque soudain que ma gorge s'est serrée, qu'un poid invisible s'appuie juste là, au niveau du buste, semblant rendre à l'air un accés de plus en plus limité à mes poumons. Ça ne passe plus, je le sens, j'ai beau inspirer si fort que je peux, gonfler le ventre et le vider, rien n'y fait et j'étouffe. Cette respiration qui semble truquée s'accélère, s'emballe sous mes yeux.
Il faut raisonner pour éteindre le problème, regarder les choses comme elles sont et faire l'experience que même si je n'ai pas l'impression de resprirer, je suis toujours debout et parfaitement vivante. J'essaie de concentrer la pensée autre part. La musique, la lumière du soleil, quelque rêve agréable esquissé dans ma tête, dans le coin opposé à celui de l'angoisse. Et si par hasard j'y arrive, je reprends conscience de l'angoisse quelque secondes plus tard, paniquée et essouflée, avec l'impression de n'avoir plus respiré depuis l'instant où j'ai arrété d'y penser. Comme si cet acte avait cessé d'être instinctif, comme si penser à autre chose m'en avait détourné.
Inspirer, expirer. Cette chose qui cesse d'être simple lorsque l'on commence à s'observer en train de la pratiquer.
Plus que de la fréquence, l'angoisse a pris du terrain. Elle ne touchait avant qu'à quelques sujets, seulement ceux qui revétaient une certaine gravité. Aujourd'hui la moindre chose l'intéresse. La moindre incertitude, la moindre question non-résolue, le moindre flottement et chaque jour c'est pareil. A l'arrét de bus ou lorsque je ferme les yeux.
J'étouffe.
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