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Le but n'est pas de raconter ma vie. Juste de transformer les heures qui passent, de faire du vide quelquechose en plus. Une matière.

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L'année dernière à Marienbad / Alain Resnais, 1961

Des salles silencieuses où les pas de celui qui s'avance sont absorbés par les tapis si lourds, si épais, qu'aucun bruit de pas ne parvient à sa propre oreille, comme si l'oreille elle-même était très loin, très loin de celui qui s'avance une fois de plus le long de ces couloirs, à travers ces salons, ces galeries, dans cette construction d'un autre siècle, cet hotel immense, luxueux, baroque, lugubre. Où des couloirs interminables succèdent aux couloirs, silencieux, déserts, surchargés d'un décor sombre fait de boiseries, de stuc, de panneaux moulurés, marbre, glaces noires, tableaux aux teintes noires, colonnes, encadrements sculptés de portes, enfilade de portes, de galeries, de couloirs transversaux qui débouchent à leur tour sur des salons déserts, des salons surchargés de l'ornementation d'un autre siècle...

Des salles silencieuses où les pas de celui qui s'avance sont absorbés par les tapis si lourds, si épais qu'aucun bruit de pas ne parvient à sa propre oreille, comme si l'oreille elle-même était très loin. Très loin du sol, du tapis, très loin de ces décors lourds et vides, très loin de cette frise compliquée qui court sur le plafond, avec ses rameaux et ses guirlandes comme des feuillages anciens. Comme si le sol était encore de sable et de graviers, de dalles de pierre, sur lesquelles je m'avançais une fois de plus, comme à votre rencontre, entre ces murs chargés de boiseries, de stuc, de moulures, de tableaux, de gravures encadrées parmi lesquelles je m'avançais, parmi lesquelles j'étais déjà moi-même en train de vous attendre, très loin de ce décor où je me trouve maintenant devant vous en train d'attendre encore celui qui ne
viendra plus désormais, qui ne risque plus de venir, de nous séparer de nouveau, de vous arracher à moi.

 

Hypnotique, angoissant, étrange, appartenant et à la fois séparé de la réalité, comme le rêve, la construction des souvenirs, comme l'imagination qui créé des images sur ses souvenirs. La répétition des phrases hypnotise, on ne sait jamais très bien de quel temps vient la voix, de quelle scène source partent les flashbacks. On ne sait plus où on est.

 

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