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Le but n'est pas de raconter ma vie. Juste de transformer les heures qui passent, de faire du vide quelquechose en plus. Une matière.

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Parce que dans l'ordre c'est le bordel

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1er Juillet 2008, 04:07

Ce que j'ai fini par comprendre c'est que je suis indécente. Avec mes fascinations et mes obsessions de fille frustrée, de mots qui planent et conditionnent tout alentour sans jamais être dit. Car jamais un seul n'a fait de commentaire remarquable lorsque ma bouche a la faiblesse de laisser venir le sujet sur la table. Chaque fois c'est une sorte de honte et de culpabilité devant leur silence embarassé. Je suis une conne indécente qui ferait mieu de taire leur mediocrité.

Et je parle, je laisse sortir un mot de trop sous le tremblement de mes mains, je cède à cette envie que je regrette de suite. Cette envie de dire les mots qui cognent dans leur tête jusqu'à ce qu'ils les écartent avec habileté, cette envie d'étaler sous leur yeux toute cette bassesse que je ne peux me résoudre à détester totalement.

Et c'est cette indécence qui fait rougir mes joues chaque fois, cette indécence de n'être pas ce qu'il faudrait et d'avoir de surcroit l'audace de le dire. Oui, je le sais. Oui, je crache sur ceux qui m'accorderaient (et surtout celles) cet espoir de penser que les choses marchent autrement, au fond. Je crache sur leur hypocrisie, je crache sur leurs yeux qui font semblant de ne pas voir ce qui se trame là dehors. Je maudis leur condescendance qu'elles ne remarquent même pas, c'est un cadeau, qu'elles croient, un point à l'horizon. Mon cul !

C'est une illusion de fille pas comme moi.

Ils lancent tous des fleurs sur mon desespoir, ils perdraient tous leur âme plutôt que d'avouer.

(...)

"En ce moment, je pense beaucoup à toi, petite. Comme on jouait. Ca me manque

- A moi aussi. C'est parce que je m'installe ?

- C'est qu'avec la mort de papa, je ne me souvenais pas vraiment de ce temps-là.

Des souvenirs à double tour que l'on ose pas ressortir. Et je ne fais que penser à cette phrase de Six Feet Under, d'un frère à sa soeur. Bren, we're so damaged. C'est ce mot exactement. Endommagés, c'est ce qu'on est. Tremblants à se dire les choses importantes. Tremblants de cette souffrance de l'autre qui reste comme un parfum discret dans l'atmosphère, ces années d'horreur que l'on a pas pu voir l'un sur l'autre, qu'on imagine. Lui à Rennes, en Allemagne, moi derrière les larmes de ma mère. Tremblante de le voir parler plus vite pour cacher les pensées qui se succèdent et lui feraient monter les larmes jusqu'aux yeux. Mon frère. Mon grand frère. Assis sur le bord de mon lit de petite fille, les doigts voguant sur les cordes de sa guitare. Pat Metheny, Oasis, Bob Dylan. Les chansons qu'il chantait à ses 17 ans pour m'aider à dormir. Mon grand frère enfermé derrière ses jeux de mots, derrière ses stratagèmes pour dissimuler l'angoisse. Je ne sais de ses souffrances que ce que l'on m'en a dit. Mon grand frère sans père à ses 19 ans.

Fragile et beau. Comme on s'aime sans jamais se le dire, comme on s'aime sans jamais en parler. Ca me torture d'avoir fermé la porte en le regardant descendre les escaliers de l'immeuble, ça me torture d'imaginer ce à quoi il a pensé en marchant jusque chez lui. Je souffre de sa douleur mal dissimulée. Comme j'étais bien, petite fille, dans les bras de mon grand frère.

(...)

J'ai toujours beaucoup trop aimé les garçons. Beaucoup trop pour ce qu'ils m'aiment en retour.

Leur mains, leur dos, leur cheveux sur le coin de leur front. Leur yeux quand il semblent me traverser.

J'ai toujours beaucoup trop voulu leur blessures tout contre moi.

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L
Je ne sais pas si tu te souviens de moi, un soir on avait discuté sur copains d'avant. Je venais relire un peu tes textes. J'aime toujours ce que tu écris. Ca me fait plaisir, c'est tellement rare que j'aime ce que quelqu'un écrit... La première phrase, je l'ai écrite tant de fois !
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