Il y a cette terreur sourde des choses du corps qu'on ne comprends ni n'entrevoit, un corps que l'on délègue à ceux qui savent, que l'on confie en aveugle aux mains d'étrangers en blouses blanches qui ont la charge de le réparer. Le chirurgien, ce sale con arrogant, qui me dis que je n'ai pas confiance, qui me regarde d'un air glacial en soutenant que ma douleur n'est plus de sa compétence, qu'il faut appeler le psychiatre.
Connard. Connard qui devait être le plus compétent pour me dire que c'était normal, que le corps n'oublie pas en quelques heures, que le cerveau se rappelle, que la douleur reste encore des jours après l'opération. Qu'il cicatriste ce corps, doucement, en se rappelant à moi par cette souffrance aigue et brutale. Au lieu de ça, je suis fragile mentalement, pire, une espèce de folle qui se créé son propre enfer et s'entraine elle même tout au fond.
Connard et sa tête de faux cul, de ponte bien installé dans sa réputation d'expert. Il peut bien avoir des doigts de fée, je n'en ai jamais douté, mais je me dis, quand même, que c'est un peu le monde à l'envers que ce petit monde entier qui tournait autour de moi, des infirmières aux médecins traitants, s'accordent tous pour me dire que si j'ai mal, c'est normal, justifié, réel, physique et rien que physique. La chirurgie qui laisse sa trace, même sans cicatrice pour prouver qu'elle est passée par moi.